J’ai enseigné à des élèves qui arrivaient après trois ans de cours ailleurs et qui n’avaient jamais tenu une conversation. Ils connaissaient les tableaux de conjugaison par cœur. Ils savaient repérer un COD dans une phrase. Mais dès qu’il fallait ouvrir la bouche, tout se bloquait. Ce n’était pas un manque de travail : c’était une méthode qui remettait toujours à plus tard le moment de parler.
Chez moi, vous parlez dès la première séance. Mal, au début — c’est prévu, et c’est même le but. La grammaire n’arrive pas avant l’usage, elle arrive pour expliquer ce que vous venez d’essayer de dire. Cet ordre change tout : une règle apprise parce qu’elle résout un problème que vous avez rencontré cinq minutes plus tôt ne s’oublie pas de la même façon qu’une règle apprise dans le vide. C’est aussi pour cela que je travaille avec des francophones en particulier : je sais quels pièges vous guettent, parce que ce sont toujours les mêmes. Le ser et l’estar, les faux amis, le subjonctif là où le français n’en met pas. On les attaque de front, dès le départ.